communiqués

TF1/​Glem production : lettre ouverte à M. Emmanuel Grados

Lettre ouverte à M. Emmanuel Grados,
directeur des ressources humaines du groupe TF1

Monsieur,

Merci d’avoir pris le temps de répondre à l’article « Monteurs associés dénonce Glem » publié dans la revue pro­fes­sion­nelle Broadcast.

Ainsi la question de la place et du rôle des stagiaires recrutés par le biais de conventions de stage dans votre entreprise — TF1 — est posée.

En premier lieu, vous contestez le fait que les stagiaires recrutés par votre filiale Glem Production aient effectué un travail en lieu et place de pro­fes­sion­nels.

Ainsi, il apparaît que vous ne savez pas en quoi consiste le travail d’un assistant monteur, puisque pour vous, « avoir à dérusher un ensemble de cassettes de tournage », « n’a rien à voir avec un travail normalement dévolu à un assistant monteur ». En fait en visionnant les rushes, en décrivant les scènes, en retrans­cri­vant les dialogues et en indiquant la durée des séquences ces jeunes gens et ces jeunes filles ont effectué une partie des tâches dévolues à l’assistant monteur. Bien entendu le rôle de l’assistant-monteur ne s’arrête pas là.

Vous prétendez également que ces stagiaires étaient par­fai­te­ment encadrés et que « cet encadrement récupérait les documents de dérushage et les remettait ensuite aux scénaristes et aux monteurs ». En principe, lorsqu’on fait un stage, l’encadrement est assuré par le chef de poste. Selon vos propos, on comprend que les stagiaires n’ont pas eu de contact avec les chefs monteurs du programme. Dans ces conditions, on ne voit pas bien quel était le rôle et la fonction pédagogique de l’encadrement que vous mentionnez.

Lorsque vous écrivez que « ces stagiaires (…) se sont vus attribuer une indemnité d’environ 50 % du Smic, précisément pour tenir compte de l’excellent travail qu’ils avaient accompli », s’agit-il de naïveté ou de cynisme ? Ces stagiaires ont fourni un travail et pour ce travail, Glem aurait du normalement rémunérer des pro­fes­sion­nels sur une durée de 3 semaines. (Rappelons que, selon l’accord de salaire qui a été étendu dans l’audiovisuel privé, la rému­né­ra­tion brute hors charges patronales est de 546 € par semaine de 35 heures pour un assistant monteur).

Alors que les stagiaires tra­vaillaient sur le rythme des 3 × 8 (8 h/​16 h, 16 h/​24 h, 24 h/​8 h), vous écrivez que « chacun [a] au préalable choisi l’horaire sur lequel il souhaitait faire son stage. » (!) Curieuse notion de la liberté de choix, parlons plutôt d’une gestion qui vous a permis une belle économie sur le prix des équipements : avec les 3 × 8, chaque poste de travail a pu être utilisé à 100 %. Un poste pour 3 personnes, c’est trois fois moins cher. Dans ces conditions, nous comprenons pourquoi selon vos propos « le groupe TF1 mène une politique active de stage en entreprise et (que) les stagiaires constituent la source de recrutement majeure de celui-​ci »…

Pour empêcher la géné­ra­li­sa­tion de ces pratiques, nous demandons au ministère de la Culture et de la Communication et au ministère de l’Éducation nationale une rencontre, afin de mieux définir le cadre et les conditions de mise en œuvre des conventions de stage dans les entreprises de l’audiovisuel et du cinéma.

Notre souci est de garantir aux étudiants des écoles de cinéma des stages où leur appren­tis­sage soit réel et assuré par des chefs de poste. D’autre part, nous pensons que le rem­pla­ce­ment de salariés par des stagiaires a une incidence sur l’emploi et constitue un détour­ne­ment des règles sociales. Cette question est d’importance alors que vont se renégocier les droits au chômage des salariés inter­mit­tents du cinéma et de l’audiovisuel.

Nous vous prions, Monsieur, d’agréer nos salutations.

Pour l’association,
les présidentes