De la contrainte naît l’art ?

Compte rendu du 6 juin 2007

I.
La réunion a été ouverte par des questions concernant les prochains événements sus­cep­tibles d’intéresser les monteurs, plus précisément : le Salon du cinéma et le Salon de la télévision.

1. Salon du cinéma
Rappelons pour commencer que l’association a été invitée à participer au premier Salon du cinéma, qui s’est déroulé en janvier 2007. Les membres qui y ont été présents nous ont fait partager leurs impressions. Plusieurs inter­ro­ga­tions ont été formulées à partir de là : fallait-​il participer ou pas ? De quelle manière faut-​il occuper le terrain et parler du métier de monteur ? Dans quelle mesure l’association a-​t-​elle pour fonction de proposer des projets et de participer à des mani­fes­ta­tions de ce type ? Peut-​on aller plus loin et intervenir auprès des écoles ?

2. Salon de la télévision
Du 14 au 17 juin 2007 aura lieu le Salon de la télévision, qui réunira tous les métiers touchant à ce domaine.
Dans ce cadre, ont été posées les questions suivantes : quelles sont les limites du métier de monteur ? Qu’est-ce que c’est un monteur truquiste ? Comment définir les postes de monteur et de monteur truquiste, en mettant en exergue leurs spé­ci­fi­ci­tés et ce qui les distingue ?

II.
Le deuxième sujet abordé a été celui de la convention collective de la production ciné­ma­to­gra­phique.
On a eu ainsi l’occasion de faire remarquer que les pro­po­si­tions récentes des orga­ni­sa­tions patronales soutiennent toutes la baisse des salaires actuels des différents postes, dont celui de monteur (d’environ 20%) et d’assistant-monteur (d’environ 30%).
Par ailleurs, une autre proposition vise à créer un nouveau poste : « monteur » avec bien entendu un salaire très inférieur à celui de « chef monteur ».
À la suite du communiqué inter-​associations rendu public au Festival de Cannes, le principal syndicat patronal (APC) a proposé une réunion aux 8 asso­cia­tions signataires (dont les Monteurs associés).

La discussion s’est tournée vers les stagiaires. Il a été ainsi rappelé qu’à la suite du Manifeste sur les conventions de stage signé par de nombreuses asso­cia­tions, on a demandé au CNC d’organiser une table ronde réunissant les différents ministères concernés, les organismes de formation, les écoles, les syndicats. Devant le refus poli du CNC, nous avons décidé d’organiser cette table ronde avec les autres asso­cia­tions. Pour la préparer, un ques­tion­naire va être mis en ligne pour connaître les conditions de recours aux stagiaires.
Dans ce cadre, on a estimé qu’il était par­ti­cu­liè­re­ment important de réfléchir à la question suivante : comment transmet-​on son savoir au stagiaire ?

En guise de parenthèse, on a mentionné le ques­tion­naire adressé aux monteurs par les Scriptes associés. Les personnes présentes qui l’ont reçu nous ont fait part de leurs impressions quant à son contenu. Certains ont estimé que les questions étaient trop générales, voire abstraites.

Par la suite, a été lancée la proposition de faire un ques­tion­naire concernant la perte des droits aux ASSEDIC, adressé aux monteurs. Selon l’auteur de l’initiative, il comprendra deux points essentiels :
1) Depuis le protocole de juin 2003, avez-​vous eu l’occasion de perdre vos droits au chômage ? (à préciser votre métier et dans quelles conditions)
2) est-​ce que cela vous est déjà arrivé avant 2003 ?
Sur la base des réponses reçues, il s’agira ensuite de demander un rendez-​vous à la ministre de la Culture pour lui donner un chiffre exact de personnes qui ont perdu leurs droits et ainsi la sen­si­bi­li­ser à ce sujet. Il sera également important de pouvoir montrer que tous les âges ont été touchés par les effets de ce protocole.

III.
Nous sommes ensuite passés au débat : « De la contrainte naît l’art ? »
Le débat a été lancé sur une citation d’André Gide, selon lequel l’art est toujours le résultat d’une contrainte.
Se pose pour commencer la question : quels types de contraintes on subit dans le métier de monteur ?
On pourrait déjà en déterminer deux : la contrainte économique (liée notamment au salaire) et politique (identifiée à la censure).
Les contraintes vont-​elles nous aider dans le processus artistique ou est-​ce que la liberté est seule favorable à l’art ?
Ont été identifiées par la suite d’autres contraintes, qui seraient spécifiques au métier de monteur : format, durée du produit audiovisuel, temps alloué au projet.
À partir de là, certains se sont interrogés sur : qu’est-ce que c’est l’art ? Ne devrait-​on pas remplacer aux fins de la discussion le mot « art » par celui d’ « œuvre » ?
à la question « qu’est-ce que c’est une contrainte finalement ? », plusieurs personnes ont essayé de répondre.
Une inter­ven­tion a souligné qu’il ne faut pas confondre contraintes et règles du jeu.
Il a été ajouté dans ce sens que les contraintes qu’un artiste se donnait à lui-​même (on a évoqué à cet effet le surréalisme ou le « Dogme 95 » – soutenu, entre autres, par Lars von Trier), ne peuvent pas rentrer dans la même catégorie que le formatage ou la censure.
On s’est demandé, en outre, comment les séries américaines, formatées dès la phase du scénario, peuvent donner des « produits » efficaces, qui fonc­tionnent ?
Pourquoi on n’arrive pas en France à avoir des résultats similaires ? S’agit-il d’un problème ou plutôt d’une différence de mentalité, culturelle ?
Ce serait intéressant dans ce sens d’inviter à une réunion et de discuter avec des pro­fes­sion­nels américains (notamment des monteurs) qui pourraient nous parler de leurs expériences sur des séries.

Propos reproduits sélec­ti­ve­ment :
« La contrainte essentielle pour créer est d’avoir un point de vue à défendre ».
« Pour moi, la principale contrainte actuelle est la formatage, ça vide la tête, on n’a plus envie de penser ».
« À propos des Soirées thématiques de Arte, il faut admettre qu’on fait entrer dans le film la vision du producteur. Il y a donc clairement un formatage, pour que le film corresponde à la vision du public. »
« Il se pose, à mon sens, la question de savoir comment accepter ses contraintes. Il faut se demander où sont les contraintes et comment arriver à les gérer pour arriver à plus de liberté. Et parfois, il faut se dire peut-​être, ces contraintes-​là, je ne peux pas les dépasser. »
« Moi, je définirais la contrainte comme une donnée construc­tive, qui permet l’acte créatif ; c’est pourquoi, je ne considère pas le formatage ou le temps comme des contraintes. »
« Le formatage est même l’ennemi de la contrainte car il n’a rien de constructif. »

Prochaine réunion : mercredi 5 septembre 2007 à partir de 20 h à la Fémis.