Musique et docu­men­taire

Compte-​rendu du mercredi 5 décembre 2007

Infos :
Les 100 ans d’Éclair ont eu lieu à Épinay : était présente une équipe de montage au complet, chef-​monteuse et chef-​monteur, assistante et chef-​monteur son pour répondre aux questions sur le montage. Rencontre inté­res­sante avec le public (grand public) et aussi avec une personne de l’ANPE curieuse de notre association.

Réunion inter-​association :
• Projet d’une table ronde sur l’entrée dans le métier.
• Salon du cinéma : Présence des asso­cia­tions des métiers de l’audiovisuel et du cinéma du 17 au 20 janvier 2008, permanence en relais.
• Communiqué de soutien au collectif s’opposant à la non-​application du décret Tasca. Ce décret oblige les chaînes à diffuser un nombre minimum d’œuvres créatives.

Le Salon du cinéma :
L’association sera présente pour donner un point de vue réaliste sur notre métier, sortir de l’illusion souvent présentée par les écoles privées, remettre les pieds sur terre à ceux qui s’orientent vers le cinéma et l’audiovisuel.
Le manifeste des asso­cia­tions : « Pour une réelle trans­mis­sion de nos savoir-​faire et un juste accès au métier » sera à disposition.

Industrie du rêve:
À Pantin, 2 journées de débat-​colloque « après le tournage ». Le pré- supposé : la post-​production construit totalement le film. Repositionner le débat sur la place du montage dans la production et non la post-​production ?

Un point de vue quant à notre présence dans ces mani­fes­ta­tions (les salons) : « on est en train de se muséifier comme les mineurs quand ils dis­pa­rais­saient, ça me choque. On va plus souvent dans ces endroits qu’au CNC, je trouve qu’on va trop dans cette direction ».

Le Méliès à Montreuil :
Attaqué en justice par UGC et MK2 pour abus de position dominante. Karmitz se justifie : c’est la guerre des indé­pen­dants contre les multiplexes. Les salles municipales ont des subventions, les indé­pen­dants n’en ont pas. La sauvegarde du Méliès et des salles municipales d’une manière générale, c’est vraiment la question du cinéma d’auteur et de création et c’est aussi et surtout une éducation au cinéma, en ouvrant les écrans aux écoles, en organisant « les écrans phi­lo­so­phiques » etc…

Star’Ac :
2 des 4 personnes inculpées sont condamnées pour dommage matériel et une des deux pour menace de mort. Elles doivent res­pec­ti­ve­ment une amende de 1000 euros et de 1200 euros. Ils ont renoncé à faire appel.

Musique et docu­men­taire.

Pourquoi musique et docu­men­taire et non musique et fiction ?
Dans un docu­men­taire, la musique semble répondre à des étapes différentes de la fabrication. Il est très rare de savoir à l’avance si une musique sera présente ou non et quelle sera sa nature. Cela dépend du film obtenu au montage.
On peut faire appel à un musicien avant le montage, mais s’il est connu, il devient très difficile de lui faire ensuite changer la musique. Cela peut bloquer.
Lettre d’un musicien : c’est la dernière véritable étape d’écriture du film.
Le film d’archives ou le film animalier ont géné­ra­le­ment intégré la musique à la réalisation, c’est pourquoi nous orientons le débat sur le docu­men­taire stricto sensu.
La question est la relation entre la musique et le réel. Cette relation impose le respect pour la réalité. Mettre de la musique peut détourner la réalité du matériau.
Est-​ce que l’on peut toujours mettre une musique sur un film, est-​ce que des sujets rejettent la musique ?
« La Promesse » des frères Dardenne est un film sans musique, le générique de fin est très long et se déroule sur le son d’une soufflerie. En fiction, il peut aussi y avoir cet effet. C’est assez excep­tion­nel.
Chantal Akerman filmait une femme épluchant les patates dans la longueur sans musique, aujourd’hui on ferait un accéléré avec de la musique !
Certains évitent cette pro­blé­ma­tique en ne montant que les sons des rushes, en utilisant la musique des rushes le plus possible. (Il y a de la musique partout dans les rushes et souvent il faut l’enlever comme on enlève les marques !). La prise de son direct du docu­men­taire rythme comme une musique.
Sur un docu­men­taire l’utilisation de la musique fictionne le film. Il y a des situations où on ne peut pas fictionner. Fictionner, c’est-à-dire rajouter du pathos, mettre un coup de stabilo.
Un exemple : sur un film qui parle d’une personne sortie de prison et en aménagement de peine, le producteur tient à rajouter de la musique pour faire fictionner. Or l’univers sonore de la prison est beaucoup plus fort qu’une musique.
Une remarque : la musique pourrait recréer des sensations et des sentiments imposés par la vie carcérale que l’image ne permet pas de montrer. On ne peut pas tout montrer en image, mais la musique peut faire cet effet. Elle peut donner l’impression de celui qui est filmé, créer une empathie avec les gens qui sont sur place. Comment rendre la sensation de l’impatience, de la résignation ?
Finalement on peut se poser la question : pourquoi on obtient un effet de réalité avec une musique qui n’est pas réalité ?
Plus que le choix de la musique, c’est l’interprétation musicale qui compte.
Vous montez avec les oreilles ou avec les yeux ?
Certains monteurs (en particulier ceux qui montent avec leurs oreilles !) placent les musiques en montant le docu­men­taire. Tout docu­men­taire est comme un son, la musique fait partie intégrante du montage. Il arrive d’ailleurs de remonter dans la musique.
Monter la musique comme une ambiance, l’utiliser comme on utilise des bruits. Quand la musique est intégrée au tournage cela pose moins de problème. Elle a une légitimité. Cependant on peut aussi la faire fictionner même si elle appartient aux rushes.
La musique en docu­men­taire peut être aussi utilisée comme un « outil » de montage : monter avec de la musique des rushes très disparates pour les réunir, puis retirer cette musique et faire appel à un musicien à la fin du film qui composera une autre musique sur ce même montage. La musique placée par le monteur peut servir alors de maquette et permettre au musicien de penser à de la musique là où le monteur et le réalisateur n’y avaient pas pensé.
Mais il peut arriver que le musicien reprenant les thèmes de la musique posée au montage aille trop dans le sens du film et n’utilise pas la musique comme un contrepoint. L’effet final souligne et est plus convenu.
La musique change beaucoup de choses dans un film, son sens, sa durée. Quand on travaille avec un musicien en amont, il faut avoir le courage de retra­vailler le montage.
Un regret : on n’a jamais le temps de projeter le film avec la musique.
Des monteurs préfèrent travailler avec un musicien plutôt que d’utiliser la musique au mètre. Cependant, il y a de moins en moins d’illustrateurs sonores. On peut utiliser et acheter en direct de la musique sur Koka média. C’est de la musique sans droits d’artiste.
Des droits sont for­fai­tai­re­ment payés par les chaînes hertziennes qui possèdent donc un catalogue de musique important. Des réa­li­sa­teurs, qui travaillent avec ces chaînes, peuvent être alors tentés d’utiliser une musique super ambitieuse par rapport au sujet. Par exemple utiliser la musique de Midnight Express sur un sujet reportage d’une femme en prison au Mexique.
Il y a beaucoup de musiques de films qui sont réutilisées, c’est assez malhonnête car on ramène la fiction de quelqu’un. Dans certains reportages, on se bat contre la musique.
Beaucoup de musiques de films sont réutilisées par manque de temps, c’est une facilité. Les illus­tra­teurs sonores aidaient à chercher des musiques appropriées.
C’est la raison pour laquelle on retrouve souvent certaines musiques sur des sujets : Requiem for a Dream, la musique d’Amélie Poulain…Dans les années 70 c’était les Pink Floyd, les gymnopédies de Satie… !
La musique ajoute une information qui peut devenir consom­ma­tion.
Il est plus facile de mettre de la musique sans aucun état d’âme sur des docu­men­taires un peu comédie.
La musique est souvent utilisée comme un commentaire pour pallier un manque. C’est une mauvaise utilisation qui est assez répandue aujourd’hui. C’est une solution de facilité quand le matériau est faible.
Kubrick et Godard l’ont fait, ça peut être magnifique.
La question c’est la justesse. Dans « Nuit et Brouillard » d’Alain Resnais, il y a une voix off et de la musique. Et la musique est com­plè­te­ment intégrée. La voix off fait partie de la réalisation comme la musique peut faire partie de l’écriture.
Pelechian, cinéaste arménien, fait des films de montage pur, sans voix off et sans son synchrone. En revanche il utilise énormément la musique. Ses films sont un patchwork de montage, c’est l’art de la récup”, il est faussaire. Il monte par cycles, il ose faire des redites.
Pour certains s’il n’y avait pas de musique, ses films n’existeraient pas, pour d‘autres ses films marchent sans la musique.
Il monte ses images comme on construit une fugue. C’est l’école russe. Il monte les images, après seulement il monte la musique.
Tout le film est en convergence. Ce sont des poèmes. C’est extra­or­di­naire. Les cycles musicaux trans­portent comme dans un rêve.
Ses films étaient faits pour la télévision arménienne. « Quand on voit ça, on a régressé ! »
Pelechian a écrit des textes sur le montage.

Prochaine réunion : mercredi 6 février 2008 à partir de 20 h, cafétéria de la Fémis