Réunion d’avril 2022 – Assistants monteurs : le « Guide de bonnes pratiques » et après ?

Cette réunion qui s’est tenue le 28 avril 2022 à la Fémis, fut l’occasion d’une rencontre entre le public (assistants, monteurs…) et deux repré­sen­tants des asso­cia­tions qui ont participé à la rédaction du Guide de bonnes pratiques pour l’emploi des assitantes et assistants monteurs. Elle permit aussi de dialoguer avec eux, hors d’un cadre pro­fes­sion­nel.

Invités : Clara Vincienne, directrice de post­pro­duc­tion, membre de l’ADPP,
François Drouot, directeur de production, membre de l’ADP
Modérateur : Vincent Rinaldi (LMA)
Nous remercions Mikael Buch, réalisateur, d’être venu participer à cette réunion en tant que repré­sen­tant de la SRF.

Les réactions au guide 

L’ADP a été interpellée par la précarité à laquelle sont confrontés les assistants, d’où le rappel au respect du droit pour y remédier un minimum, comme la majoration de 25 % de salaire sur les périodes de travail de courte durée (moins de 5 jours consécutifs).

Les directeurs de productions sont confrontés à des contraintes budgétaires impliquant un arbitrage. Deux pré­co­ni­sa­tions suscitent une résistance : que la syn­chro­ni­sa­tion ne soit pas faite par le laboratoire et la durée du temps de travail telle qu’elle est recommandée par l’ADPP et LMA. Ils auraient préféré mentionner que l’assistant devait être « employé au maximum ».

Par ailleurs, il a été bien discuté au sein de l’ADP de la nécessité d’organiser une réunion de consul­ta­tion, même si les premiers res­pon­sables de l’organisation budgétaire demeurent les producteurs et que c’est sûrement à eux de s’assurer que cette réunion ait bien lieu.

Les membres de l’ADPP se sont reposés la question des syn­chro­ni­sa­tions faites par le laboratoire, qui effec­ti­ve­ment ne sont pas plus économiques, voire c’est même une perte (cf. guide). Dans une journée de travail, l’assistant n’effectue pas seulement la syn­chro­ni­sa­tion des rushes : véri­fi­ca­tion, mise en ligne immédiate des dailies, orga­ni­sa­tion du projet, dérushage, premier dialogue avec le monteur.

Les enjeux du guide 

  • Mobiliser les directeurs de production sur cette question est compliqué, car ils se sentent un peu éloignés de la post­pro­duc­tion.
  • Le vrai problème pour les directeurs de post­pro­duc­tion est d’arriver sur des films dont le budget a été pensé sans qu’ils aient été consultés, de sorte qu’il faut faire avec ou bien rediscuter avec la production pour pouvoir mettre en œuvre au mieux la post­pro­duc­tion du film. 
  • La situation reste compliquée sur les projets hors annexe et en annexe III, et dans une certaine mesure les projets en annexe I suivant les budgets. En série, les assistants sont beaucoup plus présents et protégés du fait des demandes importantes des plateformes (planning serré, visionnages, etc.).
  • Le mérite du guide est d’inciter à se poser sys­té­ma­ti­que­ment la question de l’organisation du travail et de la présence de l’assistant monteur, le plus tôt possible et en concer­ta­tion avec le monteur. Il faut bien le comprendre comme un outil de travail, à partir duquel une réflexion peut être engagée en équipe.
  • Maintenant, il faut diffuser le guide et dialoguer. Ce guide a pour objectif d’éveiller les consciences de tous, les directeurs de production et de post­pro­duc­tion moins convaincus, les assistants pour qu’ils se sentent légitimes à demander le respect de leurs droits, les chefs monteurs pour l’organisation du travail, et surtout les producteurs.

Promouvoir le guide et après 

  • Informer les producteurs et poursuivre le dialogue avec les syndicats et les ins­ti­tu­tions (mettre en avant la question de la trans­mis­sion) et diffuser le guide via les asso­cia­tions (auprès des producteurs) et à titre personnel à nos connais­sances (signer la page de soutien). 
  • Sensibiliser les réa­li­sa­teurs à la question de l’assistant et du travail en équipe au montage. Au moment de la concer­ta­tion, la parole du réalisateur est une parole qui peut être tout à fait entendue.
  • Le poste d’assistant monteur permet d’acquérir un bagage technique et relationnel essentiel au moment de devenir chef. La trans­mis­sion de ce savoir-​faire col­la­bo­ra­tif est mise en péril : le guide s’adresse donc aussi aux (jeunes) monteurs n’ayant pas bénéficié d’une expérience préalable d’assistant.
  • Intervenir dans les écoles et organismes de formation sur la fonction des assistants et le travail en équipe, et sur la connais­sance du droit.
  • Une initiative collective et personnelle pourrait être de noter nos heures, afin de faire le rapport entre le planning prévu et final, mais aussi d’avoir, pour soi, une vision régulière de nos heures de travail.

Questions du public

Est-​ce que l’assistant est aujourd’hui réduit à être un assistant technique de post­pro­duc­tion ?

Clara Vincienne affirme que la fonction de l’assistant monteur ne se réduit pas seulement à des tâches techniques. Suivant l’organisation de son travail, la volonté du monteur et la typologie du film, il peut être sollicité pour du pré-​montage, du montage son, des maquettes VFX, etc.

Vincent Rinaldi rappelle que dans cette orga­ni­sa­tion du travail, une confiance se crée entre l’assistant et le monteur, de sorte que plus l’assistant sera présent, plus il pourra mettre en place une vraie col­la­bo­ra­tion avec le monteur, plus le monteur pourra se consacrer pleinement à son travail de montage avec le réalisateur, et un canal de trans­mis­sion pourra ainsi s’élaborer.

Sans assistant plus de trans­mis­sion.

Comment les labo­ra­toires défendent-​ils la syn­chro­ni­sa­tion des rushes par leurs services ?

Clara répond qu’ils sont un peu insistants, mais sans plus. Par contre, il arrive qu’ils fassent des packages, présentant parfois une économie importante par rapport à l’ensemble des prestations prises en compte. Dans ce cas, le travail est alors fait par leurs assistants ou leurs stagiaires, ce qui est souvent le cas.

N’y a-​t-​il pas un problème entre le fait que ce soit le directeur de production qui prépare le budget et le fait qu’en post­pro­duc­tion nous devons faire souvent avec ce qu’il reste ?

Pour François Drouot, le budget de la post­pro­duc­tion se comprend de la même manière que le budget dédié à l’équipe de décoration, qui est aussi négocié. Pour un directeur de production, l’intérêt de son travail est la construc­tion d’un budget pour qu’à la fin il y ait un film qui naisse, et cela ne peut se faire que dans le dialogue, avec un arbitrage. En ce sens, les directeurs de production ne sont pas pour un budget séparé (1), car le budget n’a de sens que dans sa globalité.

La consul­ta­tion des directeurs de post­pro­duc­tion et la réunion de préparation devrait être sys­té­ma­tique, et ce n’est toujours pas le cas. Le copier-​coller du nombre de semaines d’assistant d’un projet à un autre est une pratique en vigueur, sans même parfois se renseigner sur le nombre de semaines effectives des projets précédents et terminés. Et, au final, ce sont les directeurs de post­pro­duc­tion qui en pâtissent, toute l’équipe de post­pro­duc­tion, et la production comprise.

Suivant Clara Vincienne, certains directeurs de production sont dans cette logique-​là. Et sur beaucoup de projets encore, il n’y a pas de directeurs de post­pro­duc­tion. Ou bien il arrive vraiment tard, de sorte qu’au mieux le dialogue est encore possible, au pire le tournage a déjà eu lieu et on doit faire avec ce qu’il reste. L’idéal demeure la concer­ta­tion et la discussion en amont.

La technicité de la post­pro­duc­tion augmentant, il devient difficile pour un directeur de production d’évaluer son financement, de sorte que certains se tournent parfois vers des directeurs de post­pro­duc­tion pour cette évaluation. Mais cette discussion doit aussi avoir lieu avec les productions, puisque ce sont eux qui demandent des rallonges de temps de montage et décident de ces dépas­se­ments en post­pro­duc­tion.

François Drouot ajoute que concernant les comptes définitifs des projets, il est très rare que les directeurs de production y aient accès ou en fassent la demande. Par contre, c’est un peu plus facile en série, car lors de la deuxième saison, c’est très intéressant de pouvoir évaluer ce qui a été fait sur la première de A à Z. Néanmoins, c’est une question qui pourrait être posée aux directeurs de production, à savoir s’ils ont bien vérifié leur budget de post­pro­duc­tion.

Les assistants, les monteurs, les stagiaires ont des droits. Qu’en est-​il des contrats ? Pourquoi n’est-ce pas sys­té­ma­tique ?

Par rapport à la question des contrats, Clara et François expliquent que les directeurs de post­pro­duc­tion sont seuls. Contrairement aux directeurs de production, ils ont rarement un assistant ou un admi­nis­tra­teur de production à disposition. Leurs tâches sont lourdes et la préparation des contrats prend un temps qu’ils n’ont quasiment pas. C’est une rigueur qu’il faudrait arriver à trouver, car c’est important et aujourd’hui les signatures numériques vont dans ce sens. La DUE [Déclération préalable à l’embauche, ndlr] à l’Urssaf doit être faite avant l’embauche et le contrat envoyé par la production au plus tard deux jours après l’embauche. Même si cela devrait être sys­té­ma­tique, Clara et François précisent qu’il ne faut pas hésiter à simplement demander nos contrats.

Suivant nos échanges, plusieurs modalités sont possibles :

  • si l’assistant est présent tout le temps du montage ou du tournage, c’est simple ;
  • pendant le tournage il peut s’agir d’un nombre de jours fixes répartis dans la semaine (nécessaire pour la location de la salle de montage) ;
  • il peut s’agir d’un nombre précis de jours à répartir sur la durée de l’embauche (avec mention d’une date de début et de fin). Ainsi pendant le tournage, les directeurs de production tentent de faire une période minimale pour l’équipe décoration, par exemple.
    [Attention, dans ce dernier cas, nous vous rappelons que si vous arrivez en fin de droit de vos indemnités chômage pendant une période sous contrat, la demande de renou­vel­le­ment de ce droit ne pourra s’effectuer qu’à l’issue de ce contrat, de sorte que si vous ne faites pas clôturer votre contrat auprès de la production avant votre date de fin de droit, vous pouvez vous retrouver sans indemnité jusqu’à la fin de ce contrat en cours.]

Pour le paiement des heures sup­plé­men­taires en série, comment ça se passe ?

Clara Vincienne rappelle que la question des heures sup­plé­men­taires doit être appréhendée au préalable avec le directeur de post­pro­duc­tion et la production. De même, la négociation sur les salaires au-​delà du tarif minimum syndical et les indemnités repas s’effectuera avant l’embauche.

Comment estimez-​vous le nombre d’assistants sur une série ?

Suivant son expérience, Clara indique qu’il y a plusieurs paramètres à prendre en compte : le nombre d’épisodes, de monteurs, de rushes, le temps de montage, s’il y a des VFX, beaucoup d’archives, etc. Au mieux, c’est un assistant par monteur, car il y a une vraie demande de la part des plateformes ou des chaînes d’avoir du temps au montage. En ce sens, c’est aussi du côté producteur que ça se joue. Ce sont aussi des périodes longues, donc on peut ajouter du personnel en cours de route et en général c’est accepté.

Quelle est la situation dans le docu­men­taire ?

Vincent Rinaldi souligne que le docu­men­taire, c’est un autre type de budget, un autre temps de montage. Certains monteurs ont appris à travailler seuls, de sorte qu’il y a une perte au niveau de la trans­mis­sion, sur les méthodes de travail, la construc­tion d’un récit, la relation avec le cinéaste sur une très longue durée.

L’absence d’assistant et de suivi sur les projets docu­men­taires peut devenir pro­blé­ma­tique, surtout après le passage de 2, 3, 4 monteurs. Cela se révèle très complexe sur des films d’archives et/​ou des mini-​séries.

Deux témoignages de monteurs nous alertent sur la mécon­nais­sance des besoins liée à l’organisation d’un projet de montage en docu­men­taire.

D’un côté, il y a eu une évaluation trop courte du temps de syn­chro­ni­sa­tion par rapport au temps de tournage. Sur un projet de 52 min, 2 jours de synchro prévus pour 14 jours de tournage, devenu finalement 4 jours. « En vrai, j’aurai besoin de plus mais déjà le minimum n’est pas considéré. »

De l’autre, sur un même type de projet, le monteur témoigne que la production n’avait aucune connais­sance du workflow de la post­pro­duc­tion d’un docu­men­taire simple. Il demande alors : est-​ce au chef monteur de gérer cela ?

François Drouot (ADP) répond que l’économie du docu­men­taire est une économie plus proche de l’artisanat que de l’industrie et cela peut demander que le chef monteur, en dialogue avec la production (qui apprendra), s’implique un peu plus dans l’organisation du travail. Sur ce type de docu­men­taire (France 3 région), il est rare que l’assistant soit présent plus de 5 jours. Souvent, c’est un autre assistant qui fait les exports finaux. Et on sait que certains monteurs auraient besoin qu’ils soient plus présents. Dès que l’on passe sur un budget un peu plus consistant (production Arte), l’assistant peut être un peu plus présent.

D’ailleurs, dans cette économie, l’assistant est une bonne personne pour réfléchir au workflow.

Néanmoins, sur ce type de projet, c’est très vite formaté, car les admi­nis­tra­teurs de chaîne évaluent l’apport en fonction de projet similaire, suivant les audiences, etc., mais aussi pour qu’un dépassement ne fasse pas juris­pru­dence par rapport aux projets suivants. De fait, il faudrait peut-​être sen­si­bi­li­ser aussi les diffuseurs à cette pro­blé­ma­tique.

Une monteuse témoigne qu’elle refuse de prendre un assistant quand le temps de travail prévu pour ce poste est vraiment trop court, car cela la rend mal à l’aise. Elle prend alors en charge ce travail pendant le montage. Aussi, elle nous demande : Quels arguments utiliseriez-​vous pour discuter de la présence d’un assistant face à l’argument « Il n’y a pas l’argent » ?

Jean-​Pierre Bloc (LMA) lui répond qu’on sait qu’il y a un problème de trans­pa­rence sur les budgets. On entend beaucoup dire qu’il n’y a pas d’argent, mais il arrive souvent qu’on doive prolonger le montage et soudain l’argent qui n’existait pas apparaît comme par magie. Il est donc important de partager nos expériences à ce sujet et lorsqu’on a été soi-​même assistant sur des projets, on peut avoir connu différentes situations et savoir un peu ce qu’il est possible de faire ou pas.

Les arguments :

  • le producteur : « Je ne peux pas » /​le monteur : « Moi non plus je ne peux pas » (énergie dépensée au détriment du montage et de la relation avec le réalisateur) ;
  • faire le rapport des heures sup­plé­men­taires du monteur avec le temps de travail d’un assistant ;
  • prendre un assistant a un coût, mais c’est quelque chose qui va être récupéré dans la durée du montage (maîtrise du dépassement) et sur la qualité du film (maîtrise de l’énergie du monteur) ;
  • même dans les cas où le temps d’assistanat n’est pas énorme, ça peut permettre de nouer une relation et petit à petit faire valoir cette col­la­bo­ra­tion comme efficiente par rapport à la dynamique du travail de montage avec le réalisateur et le producteur.

Il arrive que les producteurs se dés­in­té­ressent de la post­pro­duc­tion en général et du montage en particulier, et de leur personnel. Mais en dehors de l’efficacité du travail, il ne faut pas oublier les relations humaines. Ainsi il y a des choses qui ne sont pas quan­ti­fiables dans la relation pro­fes­sion­nelle que peut avoir un monteur ou une monteuse avec son assistant ou son assistante : il y a plein de choses qui se passent et qui peuvent être bénéfiques au film.


(1) « Un budget autonome pour la post­pro­duc­tion » est la deuxième proposition du Livre blanc de la post­pro­duc­tion cinéma.